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SEXISME ET ABUS DE POUVOIR AU TRAVAIL

Ce texte est un témoignage personnel

Il est bien différent de savoir que le sexisme au travail existe, de savoir qu’il s’agit d’ une réalité que beaucoup de femmes subissent, et de le vivre personnellement.

Je suis serveuse en bar/restauration et j’aime mon travail, malgré tout ce qu’il peut comporter d’inconvénients et de difficultés : les remarques sexistes quotidiennes de certains clients, les avis sur ce « sous-métier » que serait le service, les remarques désobligeantes sur mes tenues, mon physique… Bref, j’en passe.

Mais je n’avais jusqu’ici encore jamais subi de sexisme en interne. C’était donc une situation assez inédite et pour tout avouer, assez marquante.

Je ne citerai ni le prénom de mon ancien patron, ni son bar. Cet article n’a pas vocation à provoquer des répercussions concrètes mais plutôt à dénoncer une injustice.

Nous n’étions que deux dans l’équipe, lui et moi. Son poste était à la cuisine, et le mien en salle, je m’occupais de tout le reste à vrai dire : le service, le bar, les encaissements, le nettoyage…

Nous avions dix ans d’écart tout pile et il était en couple depuis diz ans avec une femme qu’il avait l’air d’aimer très sincèrement.

Nous nous entendions bien et l’ambiance était détendue malgré quelques désaccords politiques qui au fond, n’avaient pas d’importance étant donné que nous étions dans un cadre professionnel.

Un matin, il est arrivé quasiment en pleurs en cuisine. Il m’explique une situation à laquelle,pour tout dire, je ne m’attendais pas du tout: sa copine lui aurait fait une « crise de jalousie » par rapport à moi. Je suis restée sans voix un moment, ne comprenant pas exactement pourquoi ni comment cela avait pu se produire, étant donné que je ne faisais qu’effectuer mon travail et que nous n’avions lui et moi, qu’une relation strictement professionnelle.

Elle me trouvait apparemment « trop charmante » et cela ne lui convenait pas. Je ne savais trop comment réagir à cela, à vrai dire, je n’avais pas vraiment à connaître ni les détails ni les raisons des engueulades de couple de mon patron.

Le lendemain, me souciant tout de même de son bien-être, je lui demande si la situation s’est arrangée. Il m’explique que non, et c’est ici que j’entame mon témoignage :

-« ce qui m’inquiète c’est qu’elle va peut être me demander de me séparer de toi, et que si c’est le cas, je n’aurais d’autre choix que de le faire ».

Sur le coup, j’étais un peu sonnée, je n’ai pas réagis tout de suite, il me fallait un temps pour réaliser, puis un instant plus tard :

-« c’est-à-dire te séparer de moi ? Me virer quoi, c’est ça ? Si on enlève l’euphémisme ? »

-« Tu comprends bien Morgane, j’ai dix ans de couple à sauver et n’importe qui dans ma situation aurait fait ce choix »

Si on résume la situation vulgairement, mon travail dépendait dès cet instant des crises de jalousie de la femme de mon patron et de leur situation amoureuse. Si leur couple allait bien, je pouvais continuer à travailler, à me nourrir et payer mon loyer, mais si par malchance il y avait une crise de couple, je pouvais potentiellement en subir les conséquences et perdre mon travail.

-« Non, en fait, j’ose espérer que très peu de gens auraient pris cette décision, j’ose espérer que la plupart des gens n’aurait pas viré leur serveuse de 24 ans, étudiante sans un rond qui bosse 65h par semaine pour faire plaisir à leur copine qui a mal dormi la veille. »

Je n’arrive toujours pas à savoir si le pire est d’avoir clairement été menacée d’être virée pour cette raison, ou si ce sont toutes les justifications qu’il m’a données par la suite :

-« C’est vrai que si tu avais 20 kilos de plus et que tu louchais ce ne serait pas arrivé »

-« Donc ca arrive bien parce que je suis une femme, de toute évidence »

-« Non, ça arrive parce qu’elle a peut être raison, tu es sûrement trop charmante »

Ecoeurant. Je ne saurais comment décrire ses mots autrement.

J’aurais peut être dû m’excuser d’être « charmante ». Encore une fois, si on résume grossièrement, je risquais de perdre mon travail parce que je suis une femme et que je ne louche pas. Ca en devient presque comique en réalité.

J’ai été prise à la fois d’une colère immense face à l’injustice que j’étais en train de vivre et d’une profonde tristesse. Je n’arrivais pas à réaliser que ce qui m’arrivait, le risque de perdre mon travail, de me retrouver sans revenus (j’étais payée au black donc pas de possibilités de toucher le chômage), n’avait lieu que parce que j’étais une femme.

Je m’étais énormément investie dans ce lieu, je connaissais le nom des habitués par cœur, je n’ai jamais eu un seul retard, je travaillais 10h par jour sans broncher en étant payée au black, en prenant le risque de me casser la gueule dans sa cave et de ne pas être protégée par la sécu.

Cerise sur le gâteau, il s’est tout de même félicité de « m’avoir dit la vérité » étant donné qu’il aurait pu faire semblant de « me virer pour incompétence ». Faire passer de l’abus de pouvoir pour de l’honneteté, la belle affaire. Il ne m’a pas dit la vérité, il m’a mêlée de force à sa vie personnelle sans que je n’ai rien demandé et m’a rendu coupable de ses déboires amoureux.

C’est d’un tel ridicule que sérieusement, je ne savais plus si je devais en rire ou en pleurer.

J’en ai bien plus pleuré tout de même.

Sa réaction à ma colère fut d’autant plus injuste :

« Mais tu dramatises complètement la situation, tu exagères comme d’habitude. Je ne te dis pas que c’est ce qu’il va arriver mais que c’est une éventualité et d’ailleurs même si ca se produisait je ne doute pas que tu retrouverais rapidement du travail »

Vous avez remarqué ? Lorsqu’on est une femme et que l’on réagit à une situation, que ce soit calmement ou avec colère, il y aura toujours dramatisation. Nous ne serons jamais légitimes de réagir, de dire ce que nous pensons et d’affirmer nos opinions. Parce que ce sera toujours trop, toujours exagéré, toujours théatralisé et dramatisé.

Le patriarcat m’aurait demandé de lui faire un grand sourire et de lui répondre :

« oh mince, et bien j’espère que tout va bien se passer dans votre couple pour que je puisse garder mon travail et continuer à vivre dignement.»

Curieux, ce n’est pas la réaction qui m’est venue spontanément.

Je me sentais blessée d’être non seulement ramenée à mon sexe et à mon physique sans considérations de mes compétences, sans considérations de tout ce que j’avais donné professionnellement et même personnellement pour ce lieu, mais surtout triste que la raison de mon potentiel licenciment soit liée à cela : mon genre.

Une « éventualité » de se faire virer pour une gamine de 24 ans sans thunes, c’est une réalité qu’il faut anticiper. Mais surtout, une injustice de la sorte est une situation à laquelle il faut réagir. Et c’est ce que j’ai fait.

Quelques semaines plus tard j’ai démissionné.

Pour lui ce n’était « rien »,il me l’a souvent répété. Pour moi, c’était la pire injustice que j’ai vécue au travail.

Mais tout de même, j’exagérais, n’est-ce pas ?

A toutes les femmes qui ont déjà subi du harcèlement et/ou des agressions sexistes au travail: Je vous entends, je vous crois et malheureusement, je vous comprends.

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