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Les cigarettes industrielles ou l’amour capitaliste

Elle se consomme presque toute seule. En quelques minutes, elle n’existe plus, ou du moins il n’en reste que ce petit bout marron avec une trace humide de lèvres dessus.

Mais du calme, il en reste dix-neuf autres dans le même paquet.

Toutes identiques à ça près qu’elles ne se consument pas au même moment et qu’elles n’ont pas les mêmes effets ni sur le corps ni sur l’esprit. L’une va nous faire le plus grand bien: elle, c’est celle qui est prise exactement au bon moment, vous savez celle qui ne vous fait pas regretter une seconde de l’avoir fumé. On voudrait la refumer, encore et encore. Mais l’autre, peut être la cinquième du paquet, peut être la dixième, la première ou la dernière, sera très différente…Si écœurante. Elle nous arrache la gorge, nous donne envie de vomir et de ne plus jamais toucher une cigarette de notre vie.

Pourquoi cette sensation ?

On en avait peut être pas vraiment envie de cette cigarette… :

« Me suis-je seulement posé la question ? »

Pourquoi l’a fumons nous jusqu’au bout alors, cette cigarette ?

Peut être parce que le moment s’y prêtait bien. Parce que le pote a côté fume aussi. Parce que finalement, c’était presque un réflexe, presque une habitude de fumer cette clope. Ou devrais-je dire une convention, une norme sociale ? Ou peut être parce qu’on ne sait plus vraiment s’écouter ni prendre le temps de s’écouter.

Mais oui, où est le temps dans tout ça ? Où est l’intérêt, la recherche, l’unicité, la découverte ?

La tendance consumériste des relations humaines nous ramène à ce paquet de clopes. Encore et toujours à ce petit paquet de clopes et à cette cigarette de trop. Parce que la fumée a engouffré tout ce qu’il y avait de plus vrai et de plus doux chez l’humain. La fumée a avalé la tendresse et la douceur. Elle a fait s’évaporer l’émotion et le désir, l’attachement et la confiance.

Elle a fait disparaître la sensibilité et le sentiment.

Elle n’a laissé que le goût amer d’un lendemain de soirée trop arrosée : une bouche en cendrier et un cœur vide comme la bouteille de rhum sous le canapé.

Il faudrait savoir s’arrêter à cette clope qui nous a fait tant de bien. Sans s’acharner à finir le paquet.

Finir le paquet… il le faut… Finir le paquet…

Sur ces vingt clopes, toutes pouvaient certainement sortir du lot. Mais on y fait pas vraiment attention à ça finalement.

Parce qu’elles sont toutes identiques, non ?

Et parce qu’on a pas le temps. Ou plutôt, parce qu’on ne se le donne pas, ce temps… Et peut être surtout parce que tout nous pousse à finir ce paquet, sans trop se poser de questions, pour se dépêcher d’en racheter un tout neuf, avec vingt nouvelles clopes dedans. On repart à zéro, on recommence et on fait comme si toutes celles d’avant n’avaient pas existé, n’avaient ni marqué nos corps ni abimé nos cœurs.

Les sites de rencontres sont devenus des centres commerciaux, les sentiments tabous, les émotions censurées et l’intimité ignorée.

Alors dites-moi, qui ne consomme pas le sexe et l’amour comme on consomme ce paquet de cigarettes industrielles ?

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