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« Etre ou avoir »: retour sur un podcast qui a bouleversé ma vie

C’est un sentiment assez étrange. Celui d’être comme totalement nue, exposée à la vu de tous et de toutes. Lorsque l’épisode est sorti, ce lundi à 18h01, je l’ai réellement écouté pour la première fois, en même temps que tout les autres. J’en connaissais une pré-version dont j’avais pris connaissance plus d’un an auparavant mais pas celle-ci, la version finale, celle qui ne m’appartenait plus vraiment, celle qui était dorénavant accessible à tous.tes. En l’écoutant, au delà des larmes, il y avait l’estomac soulevé et le sentiment d’une profonde angoisse. Peut être celle d’une forme de dépossession, de perte de mon intimité, désormais à la portée du monde et d’internet.

Vous voyez, l’enregistrement de ce podcast n’a pas été qu’un enregistrement avec des micros, des casques et des montages. Lorsque j’étais avec Alex, et que je me retrouvais à lui raconter mon histoire, qui d’ailleurs lui faisait écho sous plusieurs aspects, j’avais comme l’impression d’être en thérapie, peut être de l’art thérapie finalement si on y réfléchit bien. J’avais la sensation d’une écoute profondément empathique et à chaque fin d’enregistrement, d’avoir vécu comme une forme d’exorcisme cathartique. Finalement, même si j’avais déjà trouvé les origines traumatiques de mon mal-être, c’est comme si Alex m’avait autorisé à y croire, à me sentir légitime de les raconter à moi-même, de les raconter au monde.

Nous nous sommes vu plusieurs fois pour enregistrer la totalité de l’épisode, et après chaque enregistrement, il me fallait un temps de réadaptation, un temps pour me remettre de cette forte dose de profondeur, d’intensité, comme un shoot de drogue, entre bad trip et planage. C’était à chaque fois des moments très paradoxaux dans les ressentis qu’ils me provoquaient : un rejaillissement de souffrances et à la fois un fort sentiment de libération. L’impression de raviver un traumatisme et à la fois de l’expier. Je ne vous cache pas que ces sessions d’enregistrement ont été douloureuses. Elles l’ont sûrement été pour Alex aussi, qui a pu comprendre mon mal-être mieux que quiquonque et qui a peut-être lui aussi ressorti quelques squelettes du placard. Cet échange, nous l’avons construit à deux mais c’est lui qui m’a guidé, qui m’a aidé à faire d’autres liens, d’autres associations, comme un thérapeuthe, encore une fois.

Je n’avais pas parlé de ce podcast à grand monde finalement. Au départ, lorsqu’Alex m’a proposé d’en faire partie, lorsqu’il m’a appelé en plein confinement pour me parler de son projet, j’ai accepté en me projettant quelque chose de beaucoup plus léger que ce que c’est devenu. Je venais tout juste d’écrire cet article que je dévoile dans l’épisode, et je me suis dit très instinctivement ou très naturellement que c’était de cela qu’il fallait que je parle. J’étais loin d’imaginer que l’enregistrement d’un épisode de podcast prendrait une telle ampleur et deviendrait pour moi un voyage introspectif, thérapeuthique, politique et militant. Loin d’imaginer que cet épisode me permettrait de rouvrir une plaie pour mieux la soigner, la cicatriser, d’ouvrir un dialogue avec un père à qui j’avais beaucoup caché, que j’avais beaucoup préservé, de rétablir la parole tout simplement. Loin de m’imaginer que ce podcast ne pouvait être autre chose qu’un tsunami.

La soirée de lancement du podcast a eu lieu à Lyon. Une soirée tout aussi cathartique que les enregistrements eux-mêmes finalement. Les rencontres avec des gens que je connaissais parfois de nom, que j’avais pu écouter dans d’autres pré-versions d’épisodes, les liens conscients ou inconscients entre inconnu.es qui se tissent, les échanges profonds sur des sujets habituellement indicibles, l’écoute du premier épisode, celui de Marie, celle que je n’avais jamais rencontré mais qui a changé ma vie grâce à son témoignage et à son courage deux années auparavant, mon corps dans ses bras réconfortants, ma grande sœur, la personne la plus proche de moi, qui m’a accompagné dans cette épreuve, qui m’a tenu la main et qui a séché mes larmes tout au long du chemin, et Alex, sa consécration, sa réussite, son empathie, sa sensibilité et ma fierté pour lui.

Je suis sortie de ce week-end à la fois vidée mais avec la sensation que j’avais assisté à l’un des moments les plus troublant et important de toute mon existence.

Et enfin est venue cette sortie, celle de mon épisode, ce fameux lundi 16 mai 2022 à 18h01. Mon écoute, dérangée et troublée. Cette impression que tout était confu, flou, que j’avais peut être fait une énorme connerie en diffusant mon histoire intime sur la place publique. J’ai pu être surprise aussi. Surprise par le fait de reçevoir de l’amour de la part d’inconnu.es, surprise par le fait que la plupart des personnes les plus proches de moi sont celles qui ont mis le plus de temps à écouter, ou qui ne l’ont pas fait tout simplement. J’ai pu être frustrée aussi, de ne pas savoir si certain.es de ces personnes que j’aime profondément ont eu ou auront le courage, l’envie d’écouter cet épisode. Mais à la fois je comprends la non-écoute, elle me paraît aussi totalement humaine et naturelle, totalement compréhensible. C’est très certainement toujours plus compliqué d’écouter un récit intime lorsque les affects sont en jeu.

Je crois que ce qui m’a fait le plus peur à la sortie, c’est de me dire que maintenant que je m’étais exposée, que j’avais été comme dépossédée de mon histoire intime, personne n’avait plus rien à découvrir de moi, comme si tout était là, regroupé dans ces 57 minutes de podcast. Comme si ma personnalité y était entièrement dévoilée, la sensation d’être à poil et de perdre tout intérêt aux yeux des autres, parce qu’il n’y avait plus rien à comprendre ou à raconter de moi après ça. Ma réaction m’a paru très paradoxale par rapport à ce que je défend à la fin de l’épisode : l’intime conviction que nous ne nous résumons pas à nos souffrances, que ce sont nos capacités singulières de résilience et de transformation de ces dernières qui nous définissent et nous construisent.

Mais finalement, cette peur n’a duré qu’un temps. Parce qu’après il y a eu vos retours. Vos confessions, vos témoignages, vos soutiens, votre empathie, vos larmes, enfin votre amour tout simplement, qui m’ont totalement rhabillé, qui m’ont donné l’assurance de me dire qu’accepter de réaliser cet épisode de podcast, ou plutôt ce témoignage, parce que c’en est un, était l’une des meilleures décisions de ma vie. Je reste intimement persuadée que la parole est libératrice, que l’écoute permet l’identification, que le partage permet d’atténuer la solitude et que les témoignages permettent de faire grandir la capacité de résilience.

Beaucoup de monde m’ont décrit en parlant de force et de puissance. C’est étonnant parce que sur le coup je ne pouvais m’empêcher de me dire que non, que non je ne suis pas forte, que finalement je n’ai fait que raconter ma vie derrière un micro en présence d’un pote. En partageant ce sentiment à une amie, elle m’a répondu :

« Lorsque je dis que je te trouve forte, c’est parce que tu fais preuve d’énormément de courage et de résilience ».

Et oui, on en revient toujours à là, à cette fameuse résilience, celle que j’évoque aussi à la fin de cet épisode. On en revient à cette transformation, celle des souffrances en forces, celle des maladies en capacités de résistance.

Alors merci à tous.tes celles et ceux qui m’ont fait parvenir leur retour intime et personnel, leur témoignage parfois, leur sensibilité et leurs émotions.

Merci de m’avoir donné la force de me sentir légitime à prendre la parole, merci de m’aider à me faire davantage confiance et à m’aimer un peu mieux.

Et merci à Alex, qui en me permettant la participation à ce podcast, a bouleversé ma vie.

Pour écouter l’épisode, c’est par ici:

https://smartlink.ausha.co/de-quoi-j-nous-mele/episode-2-etre-ou-avoir

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