Je ne saurais trop comment décrire ce sentiment. Un mélange de peur, de colère et d’injustice.
Depuis mercredi soir, c’est un nuage noir qui pèse juste au dessus de nous.
Plus de verres, plus de terrasses, plus de fêtes, plus de bouffes, plus de déambulations…Tout ça peut paraître anodin mais ce que ça signifie en réalité c’est : plus de lien social, plus de contacts, plus d’interactions, plus de rires, plus de nuits, plus de jeunesse, plus de fugacité, plus de folies, plus d’adrénaline, plus d’amitié, plus d’amour et surtout, plus d’air.
Plus d’air… J’étouffe déjà en marchant dans la rue derrière mon masque, j’étouffe en voyant les flics au coin de ma rue qui patrouillent avec leur flingue à la main, j’étouffe en me disant que ce soir à 21h je serai sur mon canapé comme un bon chien-chien, j’étouffe en voyant ma pote qui a perdu son taf de serveuse et qu’elle ne touchera pas le chômage parce qu’elle est payée au black, j’étouffe en pensant à toutes les libertés que l’on nous a volé et que l’on va continuer de nous voler, j’étouffe en pensant à tous nos droits violés, j’étouffe en pensant à nos « vies » ces prochaines semaines, ces prochains mois, ces prochaines années, qui ne seront finalement plus vraiment des vies…
Un vendredi soir de fin du monde. La foule dans les bars, les derniers rires, les premiers pleurs, et la course à 23h59. Voir des gens courir pour rentrer chez eux, c’est effroyable, c’est terrifiant même.
TRAVAIL, TRAVAIL, TRAVAIL.
Tu t’entasseras dans le métro comme du bétail avec ton masque pour aller travailler, tu rentreras tout de suite chez toi après ton boulot, tu iras te coucher et tu recommenceras.
Cette décision de couvre-feu n’a rien d’une décision sanitaire, c’est une décision politique. La dérive autoritaire qui s’installait déjà depuis quelques années sous le régime de Macron est désormais officielle. Le pouvoir a décidé d’une politique infantilisante, moralisatrice et culpabilisante. Une politique de répression. Les régimes autoritaires ont toujours profité des moments de crise pour faire s’installer et perdurer des mesures d’oppression antidémocratiques. Il est venu le temps d’y assister. On est au premier rang.
Il était visiblement plus facile de mentir en disant que le masque était inutile plutôt que de dire qu’il y avait pénurie, il était plus facile de remercier les soignants plutôt que de les aider, il était plus facile de retarder le confinement et de faire crever les gens plutôt que de perdre de l’argent. Aujourd’hui, il est visiblement plus facile de contrôler les citoyens, de les surveiller, de les infantiliser, de les priver de leurs libertés les plus fondamentales que de filer de la thune à l’hôpital public. L’incohérence dans la manière de gérer cette crise sanitaire atteint des niveaux à moitié comique. Mais on rit jaune tout de même, car ce qu’il se passe est loin d’être drôle.
Je ne sais pas ce qui est le pire : les mesures autoritaires ou la réaction des individus. La docilité, le respect des règles, l’auto-flicage, la délation, l’acceptation, le perte de toute forme d’humanité…
Ils ont bien réussi leur coup : la peur règne. Peur de sortir, peur d’une amende, peur de la précarité, peur des flics, peur de manifester, peur de désobéir, peur des 21H01, peur de l’avenir, peur des autres.
J’ai peur et j’ai encore plus peur d’avoir peur.
Nous avons sûrement été nombreux à lâcher une larme d’inquiétude vendredi soir. Mais il faut déjouer l’inquiétude, déjouer le système, déjouer l’autorité qui nous bouffe, déjouer la terreur qui nous ronge.
Il faut faire gagner la vie contre la peur. Il faut continuer à créer, à rire, à picoler, à écrire, à dénoncer, à hurler, à coller, à faire l’amour. Créons des lieux alternatifs, faisons la fête toute la journée ou toute la nuit, continuons à entretenir le lien social fondateur d’une société saine.
Gardons espoir, même si le pouvoir essaie de nous le voler.
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